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traduction translation Bonjour, Hello, Ciao, Dober dan, Dobar dan, Mirëdita, Geai sou, Merhaba, Barev, Gamarjoba, Salam, Salom, Nihao! Bienvenue dans notre série de newsletters qui retrace, chapitre par chapitre, notre grande aventure en autostop. Vous voici au chapitre 15 de notre aventure: “C’est une autre culture” – Roadtrip en Chine.
Bonne lecture!

 

<   Chapitre 15

C’est une autre culture

 

Enfin Libres!

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Lost in translation

Exténués, bouleversés, mais enfin libres, libres, LIBRES! Désormais, il nous est possible de marcher comme bon nous semble, de trottiner au bord des grandes rues désertes de Jiuquan, de marcher fièrement devant une voiture de police sans risquer un contrôle inopiné, de prendre tout et n’importe quoi en photo, et de garder ces mauvais clichés en souvenir. Il est minuit passé, et avec nos cœurs légers nous avançons à bon rythme vers le centre-ville, un peu fatigués, totalement sûrs de nous – mais pas totalement sûrs que la porte de nos hôtes soit toujours ouverte. Qu’importe! Notre bonne humeur efface bien vite nos craintes, nos doutes et nos peurs; nous guidant à travers la pénombre et le bas-côté de cette bretelle d’autoroute où notre dernier chauffeur, un routier chinois, nous a déposés. C’est sans doute cette même bonne humeur qui nous a permis d’arrêter une voiture pour nous déposer en centre-ville; et de trouver quelqu’un s’exprimant dans un parfait anglais (chose rare, en Chine) pour nous aider à localiser et contacter nos hôtes Paula et Luise – deux étudiantes volontaires allemandes et membres du réseau d’hospitalité Couchsurfing. Paula, réveillée par un coup de téléphone, n’hésitera pas à venir nous chercher sans s’attarder sur l’heure ni sur nos visages fatigués. Luise, qui dort déjà dans le studio de Paula, nous a laissés les clés de son propre studio – un studio spacieux, meublé, possédant un lit double, une salle de bains privative avec une baignoire et une machine à laver, un petit salon avec une box internet et une grande télé. Nos petits yeux, éteints par le sommeil, s’écarquillent de nouveau et nos esprits, déjà bouleversés, peinent à exprimer notre gratitude par des mots… “Bonne nuit! Et surtout, reposez-vous bien. Vous en avez besoin.” 

La journée était déjà bien avancée lorsque nous avons retrouvé nos deux hôtes le lendemain, autour d’un brunch improvisé. On les écoute nous raconter leur expérience de volontaires en Chine, elles nous écoutent leur raconter notre expérience du Xinjiang. On avait (presque) oublié à quel point cela faisait du bien de discuter sans filtres, sans traducteur interposé… Le deuxième jour, nous sortons enfin du studio pour déguster notre premier Hot Pot (fondue chinoise) avec nos hôtes et leurs amies, avant de visiter la forteresse de Jiayuguan; la partie la plus occidentale de la Grande Muraille de Chine. Force est de constater qu’en Chine, le patrimoine est à l’opposé de sa gastronomie: cher, modernisé, et sans goût.

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“Encore merci pour tout”. Nous reprenons la route, désormais requinqués, motivés, reposés. Partis à la découverte de l’inconnu et ses mystères, nous avions pourtant encore une inconnue à résoudre: même éloignés du Xinjiang et de sa police, il nous a été impossible de trouver des hôtes chinois, y compris dans les grandes villes du Gansu. L’hospitalité est-elle inhabituelle en Chine? Les gens ont-ils peur d’ouvrir leur porte aux étrangers? Est-ce culturel, politique? Perdus dans nos pensées, nous n’avions même pas remarqué les premiers gratte-ciel de Zhangye. Sur la place principale où nous sommes déposés, une ambiance festive et des scènes de vie inédites nous arrachent de nos réflexions: tandis que des bambins s’amusent à tirer d’imposants cerfs-volants traditionnels en forme de dragon, des personnes âgées s’amusent à danser en rangs sur de la musique pop. Tant de découvertes incongrues, tant de questions sans réponses… Nous n’en retiendrons qu’une seule, comme un vieux refrain déjà connu: “C’est une autre culture“.

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Délaissant cette drôle atmosphère, nous marchons sur des chemins plus calmes, moins denses. C’est ainsi que nos pas nous menèrent au grand temple de Zhangye – un temple que nous déciderons de visiter, sur la promesse de voir un immense Bouddha allongé. Nous le verrons à l’intérieur du temple principal: ce Bouddha, long de 35m, incliné sur le côté, semblait nous attendre avec son grand sourire dessiné. Et il n’était pas le seul: à peine le seuil du temple franchi, un couple de touristes ouïghours nous a rejoint; profitant de ce moment opportun, à l’abri des regards, pour se présenter. Sur leurs visages se dessinaient aussi un grand sourire: un sourire chaleureux, amical, complice; adressé à des étrangers comme eux, des non Hans, des gens curieux. La conversation s’est très vite engagée, appuyée de quelques mots d’anglais, aidée par les traducteurs. Il n’a pas fallu longtemps avant de recevoir de leur part une invitation à dîner. Et dire qu’en une semaine dans le Xinjiang, il ne nous a pas été possible d’échanger, d’interagir, de simplement communiquer avec des natifs ouïghours! Nous acceptons volontiers leur proposition: se rassembler autour d’un bon repas, on le sait, sera l’occasion parfaite pour discuter librement, tout en se régalant. Malheureusement, l’échange espéré autour d’un repas garni ne portera pas ses fruits; la discussion tournant court à cause d’un anglais limité, de mots mal traduits, de nos gestes épiés… Épiés? Notre première semaine en Chine, dans le Xinjiang, nous aurait-elle rendus… parano? Pas vraiment. Alors qu’il est coutume de se passer les mains sur le visage en fin de repas (un geste traditionnel de remerciement, à caractère religieux), je fus à ma grande surprise bien la seule à initier ce geste… Quelle idée de reproduire ici un geste maudit, interdit! Pensant bien faire, me voilà récompensée de plusieurs regards circonspects. D’un signe discret, nos interlocuteurs nous indiquent la présence de plusieurs caméras de vidéosurveillance, placées stratégiquement à l’intérieur du restaurant. J’avais oublié. En Chine, Big Brother n’est jamais très loin!

backpacking Jul&Gaux SerialHikers autostop hitchhiking aventure adventure alternative travel voyage volontariat volonteering china chine gansu zhangye ancêtres cérémonie feu fire papier monnaieRepartant chacun de son côté, nous nous questionnons le cœur serré, le ventre plein: Vont-ils avoir des problèmes? Vont-ils être interrogés? Disparaître? La nuit commence à tomber, sans nous apporter de réponses à ces questions, ni à celle qui nous préoccupe désormais: Où allons-nous dormir? Tandis que nous errons dans les rues de Zhangye, sans but précis ni plan détaillé, un autre spectacle commençait à se dérouler sous nos yeux: des couples, des enfants, des familles entières venaient s’amasser dans la rue, autour de petits feux improvisés, allumés dans des barils ou des poubelles, dans le silence le plus complet. On les observait brûler toute sorte d’objets: vêtements, chaussures, lettres, liasses de papier-monnaie… Pris entre deux feux, on réalise, fascinés, qu’il s’agit en réalité d’une fête en l’honneur des ancêtres. Tandis que les cendres de papier-monnaie s’évaporent dans la nuit et que tout espoir de trouver un hôte semble partir en fumée, un coup de klaxon nous interpelle et une femme nous fait signe de monter à bord. S’exprimant dans un anglais parfait, notre bienfaitrice nous propose son aide: bien qu’étant peu encline à nous recevoir chez elle, elle se démènera pour nous trouver une chambre d’hôtel à un tarif bien négocié. Seuls dans la chambre, les mêmes questions reviennent – à propos de l’hospitalité, des traditions, des relations humaines… Avec toujours la même réponse: c’est une autre culture.

 

Je peux vous héberger

“I can host you” (je peux vous héberger). Mon téléphone vibre, mes paupières s’entrouvrent, ma main cherche à tâtons l’objet du délit. La lecture du message achèvera de me réveiller complètement. Sautant d’un coup hors du lit, comme prise d’une frénésie, je réveille Julien d’une voix toute excitée pour lui annoncer la bonne nouvelle. Grâce à Alain, une jeune étudiante chinoise habitant dans le Sichuan et membre du réseau d’hospitalité Trustroots, nous venions d’être mis en contact avec Shehrzad, un étudiant pakistanais vivant à Lanzhou, dans le Gansu. Et en écoutant notre histoire, Shehrzad n’a pas hésité une seule seconde avant de nous inviter à dormir dans sa chambre d’étudiant, située sur un campus universitaire de la ville. On sort la carte, calcule les distances: Lanzhou est un peu loin, et nous souhaitons visiter d’abord le parc géologique de Danxia, avec ses montagnes arc-en-ciel. “Merci beaucoup Shehrzad! Nous arriverons plus probablement demain après-midi.” 

Petit-déjeuner pris sur le pouce, puis pouce en l’air à la sortie de Zhangye. Ce soir, nous tenterons de planter notre tente aux environs des montagnes arc-en-ciel, et demain, nous tenterons d’atteindre Lanzhou. Nous sommes plutôt confiants, sans doute un peu trop… Comme chaque fois qu’un plan se dessine, il finit par tomber à l’eau. Les montagnes arc-en-ciel de Danxia, bien qu’exceptionnelles, se retrouvent emmurées et exploitées au sein d’un grand parc géologique ultra-touristique – un site qui nous rappelle sans hésiter un décor de parc d’attractions, avec ses bus navettes obligatoires, ses allées bétonnées imitation fausse pierre et ses haut-parleurs crachant de la musique épique aux points les plus photogéniques. Danxia ne sera malheureusement pas le premier des sites en Chine, ni le dernier, à avoir été un peu trop Disneylandisé à notre goût… En attendant, il faut se rendre à l’évidence: nous ne pouvons pas rester, et encore moins camper. Aux montagnes arc-en-ciel de Danxia, il y a beaucoup de place pour garer sa voiture, mais aucune pour poser sa tente.

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Qui ne tente rien, n’a rien. Puisque nous ne pourrons pas rester ici pour la nuit, nous décidons de partir et de faire ce que l’on sait faire de mieux: arrêter des voitures pour nous conduire vers l’inconnu. Déposés à l’entrée de l’autoroute principale, nous n’attendrons pas très longtemps avant qu’une autre voiture s’arrête pour nous prendre. “Où allez-vous?” “Nous ne savons pas. Nous cherchons un endroit où passer la nuit, avant de rejoindre Lanzhou…” La femme de notre chauffeur semble réfléchir. Eux ne vont pas très loin, seulement à 60 kilomètres de là, dans la maison familiale. “J’ai une solution pour vous”. Avons-nous bien compris? Sommes-nous invités? Tandis que la voiture bifurque et s’enfonce dans une zone industrielle, nous sommes pris d’un doute. Devant le portail d’une petite entreprise bien gardée, notre voiture s’arrête et notre doute se confirme: en lieu de la chaleureuse maison familiale imaginée, nous voici devant de longs bâtiments vides, abandonnés. “Voici l’entreprise de mon père. Pour le moment, elle est fermée. Vous pouvez dormir, cette nuit, à l’intérieur. Il y a de l’électricité mais pas de chauffage, ni d’eau courante.” C’était donc cela, la fameuse solution!… Nous aurons à peine le temps de les remercier, que déjà la voiture s’éloigne. Nous ferons de l’ancienne salle de réunion notre nouveau QG: après un encas et deux films, nous nous endormirons sur nos matelas de sol, emmitouflés dans nos duvets. Là, blottis l’un contre l’autre, nos rêves nous emmenèrent loin du paysage industrialisé, qu’une neige compacte a commencé à recouvrir de son beau manteau épais…

Et dire que nous avions prévu de camper!… Le hasard de l’autostop, encore une fois, nous a sauvé: tels des héros masqués, nos conducteurs nous ont mis à l’abri – sans même que l’on ait pu leur dire merci! C’est donc confiants que nous remettons encore une fois notre destinée au hasard des rencontres et du pouce levé, espérant arriver à Lanzhou avant que la nuit ne soit tombée. Et encore une fois, le hasard de l’autostop fonctionnera: déposés aux portes de Lanzhou en milieu d’après-midi, Shehrzad viendra contre toute attente nous chercher en taxi pour nous conduire dans son appartement d’étudiant partagé, et nous présenter à son groupe d’amis pakistanais. On se sent tout de suite bien avec eux, accueillis à bras ouverts, avec des sourires chaleureux et des Puri bien huileux. Ils ne sont plus les seuls à attirer le regard des autres: nous aussi, avec notre peau pâle et nos looks de routards, nous détonnons dans ce paysage rempli d’étudiants chinois assidus. Nous faisons désormais partie de leur groupe, de leur monde, de leur bulle – une bulle légère, libre, imperméable aux chants patriotiques chinois diffusés matin, midi et soir sur le campus. Une bulle colorée, pétillante, à l’image des bulles dansantes dans nos pintes de bière et dans les narguilés présents à chacune de nos soirées.

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En immersion

Notre bulle a fini par éclater. Au bout de 3 merveilleux jours passés avec eux, il était temps pour nous d’avancer – d’abord sur les routes de Chine, puis dans les nombreux petits chemins invisibles qui nous mènent à travers l’immense culture chinoise et ses secrets. Nous marcherons d’un trait, malgré les conditions difficiles, le froid et la neige, jusqu’à atteindre l’entrée d’une autoroute menant plus au sud. L’attente se fera longue avant d’arrêter notre première voiture. Elle se fera longue également avant qu’un agent de péage nous aide à trouver un deuxième véhicule pour nous avancer. L’attente sera même interminable après que notre troisième chauffeur nous ait déposés dans une localité peu fréquentée, non sans nous avoir gâtés d’un billet de 100 Yuans malgré nos vives protestations – en échange d’une pièce de 2 centimes d’euro, dernier souvenir symbolique de notre Mère-patrie, bout de métal oublié au fond du porte-monnaie. Et puis comme par magie, l’attente disparaîtra dans les dernières lueurs du jour lorsqu’une dernière voiture s’arrêtera (après moins de 5 minutes d’attente) pour nous emmener à Longnan, notre destination. La vie, c’est comme une journée d’autostop: on fait des rencontres, on prend des chemins différents, on ne sait jamais si on trouvera au prochain virage des bonnes ou mauvaises surprises… Mais on continue d’avancer, lentement, curieux et déterminés, vers l’inconnu.

backpacking Jul&Gaux SerialHikers autostop hitchhiking aventure adventure alternative travel voyage volontariat volonteering china chine gansu night market marché food noodlesL’heure tardive de notre arrivée à Longnan ne semble pas gêner Dr Wang, qui nous reçoit dans sa modeste maison – également un centre de médecine traditionnelle chinoise où Wang pratique l’acupuncture, les ventouses et autres cataplasmes. Cette mère célibataire de 30 ans a accepté, contre toute attente, de nous héberger pour deux jours sur recommandation de Hong, notre future hôte Couchsurfing. Wang ne parle qu’en mandarin, mais va prendre autant soin de nous que de ses patients et ses 3 petites filles, très excitées de nous voir et de nous montrer leurs devoirs d’anglais. Lorsque le dernier patient repart, la famille nous emmène en centre-ville pour déguster une soupe de noodles locale préparée sous nos yeux. Dans ce marché qui ne dort jamais, véritable temple des saveurs, tous les regards se tournent vers nous, étranges et pâles voyageurs.

Au petit matin, après avoir dormi confortablement installés sur les tables de massage du centre, deux bols de soupe nous attendent. Au menu de ce petit-déjeuner: une soupe froide et épicée appelée Liangfen, servie avec des nouilles gluantes faites à partir d’amidon de pommes de terre et de farine d’haricot mungo, d’herbe gelée et d’autres condiments que l’on aura bien du mal à identifier. La soupe est bonne mais un peu trop exotique pour nos papilles françaises, habituées à un petit-déjeuner solide et sucré… Wang, comprenant tacitement ce choc gustatif, nous proposera de déjeuner le midi de simples noodles de riz qu’elle fera frire au wok avec un mélange d’herbes dont elle a le secret, servis avec des champignons Enoki également frits. Ce que l’on retiendra de Longnan n’apparaît sur aucune photo. Ce ne sont ni les tours modernes de béton surgissant d’une vallée encaissée entre deux montagnes, ni cette grande autoroute aérienne qui traverse la ville et gâche le paysage. Ce que l’on retiendra de Longnan, c’est avant tout une histoire de goût!

Sortir de Longnan ne sera pas sans difficulté: lorsque l’on nous dépose à l’entrée de l’autoroute pour remonter vers Tianshui et rencontrer Hong, c’est la cata! Deux employées du péage, parlant un peu anglais, viennent à nous pour nous faire comprendre qu’on ne peut pas rester là. On ne cherche pas à négocier; on reprend nos sacs et on avance d’une cinquantaine de mètres pour se retrouver hors du champ des caméras surveillant le péage. Au bout de quelques heures sans le moindre véhicule en vue, un bus s’arrête devant nous: on saisit notre chance, traduisant notre histoire au conducteur et son remplaçant. Ils se regardent ébahis, discutent entre eux. Et contre toute attente, sans un mot, le chauffeur nous fait signe de monter! Transportés dans le confort jusqu’à Tianshui, nous fêterons cette victoire par un repas copieux pris dans un petit restaurant de rue, avant de se placer à la sortie de Tianshui pour arrêter une voiture pour Qin’an, là où vit Hong et sa famille. Lorsque nous rencontrons finalement Hong, on laisse notre gratitude s’exprimer: merci Hong de nous avoir mis en contact avec Wang, merci Hong de nous recevoir chez toi, merci Hong de nous partager ta culture avec patience et bienveillance.

Hong travaille pour le gouvernement local et est membre du parti. Avant d’être acceptée par le parti rouge, il a fallu montrer patte blanche: tous les membres de sa famille ont été interrogés pour témoigner de sa loyauté et elle a dû cacher aux Autorités bien des choses (sa foi en la religion bouddhiste, ses comptes sur des sites censurés comme Instagram, ses activités d’hôte sur Couchsurfing…). Une confirmation de plus que les chinois sont surveillés, espionnés, contrôlés par leur propre gouvernement en toute conscience – et avec une grande résilience.

backpacking Jul&Gaux SerialHikers autostop hitchhiking aventure adventure alternative travel voyage volontariat volonteering china chine gansu tianshui maiji grottes grottoesNotre premier jour fut intense: cours d’anglais pour les enfants de Hong et leurs camarades le matin, repas avec Hong et ses amis dans un restaurant à Hot Pot le midi, présentation de Paris et de la gastronomie française devant une trentaine d’enfants accompagnés à la librairie de Qin’an l’après-midi (suivi d’une longue séance de photos et de dédicaces), repas avec Hong et son mari dans un restaurant à Hot Pot le soir. Le lendemain, une collègue de Hong nous emmène aux grottes du Mont Maiji: un ensemble de grottes bouddhistes du 4e siècle creusées dans la paroi de la montagne sacrée, et rendues populaires grâce aux sculptures bouddhistes immenses, façonnées face au vide, face aux forêts du Gansu et de ses sommets. Nous reviendrons à Qin’an en autostop à la tombée de la nuit, pour passer une dernière soirée animée chez Hong. Nous qui avons souhaité vivre en totale immersion dans la culture chinoise, nous sommes servis! Mais cette immersion a eu un prix: ces derniers jours ne nous ont pas offert un seul moment de répit.

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Retrouvailles

backpacking Jul&Gaux SerialHikers autostop hitchhiking aventure adventure alternative travel voyage volontariat volonteering china chine shaanxi xian street food old centerDépart aux aurores pour une journée placée sous le signe de retrouvailles. De Qin’an à Xi’an, nous allons parcourir deux provinces et plus de 580 kilomètres avant de retrouver notre ami (et hôte pour la seconde fois de notre voyage) Milos. En mars 2017, Milos nous avait hébergés plusieurs jours dans sa ville natale de Kraljevo, en Serbie. Le destin nous a fait nous retrouver 18 mois après l’avoir quitté: tandis que Milos venait de s’installer à Xi’an pour trouver un emploi de professeur d’anglais, notre entrée sur le territoire de la République Populaire de Chine se concrétisait. Mais avant de pouvoir serrer Milos à nouveau dans nos bras, il nous a fallu trouver une auberge acceptant de nous délivrer un papier de résidence temporaire (et de nous enregistrer officiellement auprès de la police) pour compléter notre dossier d’extension de visa au plus vite. Cette étape, qui n’était à la base qu’une petite formalité, se transforme rapidement en un véritable parcours du combattant au cœur de la cité connue pour son armée de soldats en terre cuite… Parmi la dizaine d’auberges visitées, la moitié n’acceptait pas d’étrangers – tandis que l’autre n’avait tout simplement pas connaissance du fameux papier. Résignés, nous abandonnons nos recherches de la journée; préférant plutôt s’abandonner dans les ruelles animées du vieux quartier.

“Guys, I’m here!” (Les gars, je suis là). Milos. Malgré l’obscurité on le reconnaît tout de suite, jaillissant entre deux tours d’habitation avec son grand sourire et un pack de bières pour nous accueillir. On retrouve Milos comme on l’avait laissé. La maison familiale et les collines vertes de Serbie que l’on exploraient hier ont laissé place à des gratte-ciel hideux et une atmosphère polluée aujourd’hui. Qu’importe, ce soir nous savourons ensemble ces retrouvailles inédites en compagnie d’Ilena, son amie d’enfance.

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Le lendemain de notre arrivée, nous retournons au centre-ville et trouvons rapidement une auberge acceptant de nous délivrer le papier recherché – que l’on déposera dans la foulée au PSB, avec notre dossier complet. En revanche, la fête n’est plus au rendez-vous chez nos amis serbes: des contrôles de police viennent d’avoir lieu dans le quartier, et à l’exception d’Ilena qui possède un visa de travail chinois, Milos et nous ne pouvons pas être hébergés chez un particulier sans être enregistrés auprès de la police. Nous resterons deux jours enfermés pour éviter à Ilena tout problème. Au troisième jour, nous sortons tous les trois discrètement pour visiter le centre-ville, déjeuner des délices ouïghours dans le vieux quartier, avant de se balader dans un parc et finir par récupérer nos passeports au PSB, prêts et tamponnés pour une extension valable jusqu’au 28 décembre. Cette petite victoire donnera à Milos un peu d’espoir pour la suite de son séjour, et à tous une occasion de boire avant de quitter nos hôtes serbes le lendemain aux premières lueurs du jour.

Kai, jeune trentenaire dynamique, nous accueille dans les locaux de l’entreprise de son oncle. Les employés ne travaillant pas le week-end, nous pouvons occuper jusqu’à lundi un appartement de fonction. À la différence de ses confrères, Kai s’exprime très bien en anglais et nous partage ses opinions politiques. Entre deux discussions passionnées sur le communisme (ou le capitalisme?) et sur la guerre sino-japonaise, nous nous éclipserons pour admirer les milliers de soldats de la Grande Armée en Terre Cuite. Un grand moment d’histoire, gravé de nos mémoires, muets face à cette armée millénaire d’hommes en terre – des hommes à l’expression stoïque et aux visages uniques.

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“Hello, nice to meet you!” (Bonjour, ravie de vous rencontrer). Cette voix douce teintée d’un léger accent britannique est celle d’Hana, une jeune chinoise joyeuse et discrète, affectée comme professeur d’anglais à l’université de Shiyan. De ses années universitaires passées en Angleterre, on retrouve chez Hana non seulement une élocution marquée, mais aussi certains traits plutôt singuliers en Chine: une curiosité sans retenue, un intérêt vif pour l’actualité présentée par des médias occidentaux, une volonté de s’ouvrir à l’Inconnu. Nous aussi, nous sommes ravis de la rencontrer: Hana nous apprend beaucoup de choses sur la culture chinoise – des enseignements de Confucius aux symboles affichés autour des portes de maison (des idéogrammes censés porter chance ou qualifiant le foyer de “famille modèle”, différents de ceux affichés autour des portes de maisons ouïghoures), en passant par la découverte de nouveaux plats végétariens et d’autres détails fascinants.

On quitte Hana et le campus de Shiyan pour affronter la route vers le Hunan et ses montagnes. Déposés à la sortie de la ville, nous avons bon espoir d’avancer rapidement. Malgré un départ sur les chapeaux de roue, nous resterons bloqués plusieurs heures au péage de Jingzhou – nous obligeant, au soleil couchant, à ranger nos pouces et notre pancarte. Par chance, un nouveau quartier résidentiel s’est construit à proximité: après quelques minutes de marche nous voilà attablés autour d’un plat de noodles dans un boui-boui local (commandé grâce à l’aide inattendue d’une cliente, professeur d’anglais). Rassasiés, nous repartons en direction de l’autoroute où, un peu plus tôt, nous avons pu repérer un petit parc boisé à proximité. Là, cachés derrière d’épais buissons, nous installons notre tente tout en repensant à ces premières semaines passées en Chine; aux difficultés éprouvées dans le Xinjiang, jusqu’aux petits miracles des rencontres, du hasard et de l’autostop. Des bas, et des hauts. Des nuits solitaires passées dans le froid, et des nuits solidaires passées au chaud…

 

 

* Article rédigé d’après notre expérience personnelle *
 
 
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