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Au cours de notre voyage, nous nous sommes posés plusieurs fois la question “Faut-il boycotter des lieux sur-fréquentés?”. En effet, notre façon de voyager se veut responsable mais est-il vraiment responsable de visiter un lieu qui souffre du tourisme de masse? On a voulu poser par écrit notre réflexion, en y apportant à la fois notre éclairage personnel et documenté sur le sujet, afin de faire émerger quelques réponses… mais surtout des solutions!

 

 

À propos des lieux sur-fréquentés…

Commençons par le commencement: définir ce qu’on entend par “lieux sur-fréquentés”, et en quoi le tourisme peut être néfaste dans ces endroits (même si vous vous doutez bien de la réponse!).
Un lieu sur-fréquenté est un lieu d’intérêt victime du tourisme de masse (ou surtourisme), pour lequel le seuil de capacité d’accueil maximal a été dépassé avec un pic touristique temporaire ou saisonnier. Ce lieu peut être:

  • Un site du patrimoine culturel/historique: le Mont Saint Michel, le Machu Picchu,…
  • Une ville, un village: Venise, Barcelone, Paris,…
  • Une côte, des plages, des îles: la Riviera albanaise, Santorin, la plage de Baie Maya en Thaïlande…
  • Un site naturel: la Baie d’Halong, le parc national de Plitvice en Croatie, …
  • Un lieu qui rassemble des foules à l’occasion d’un évènement particulier: l’October Fest à Munich, la Fête des Lumières à Lyon, …

La présence d’un nombre excessif de visiteurs au même endroit peut être mesurée par des experts (scientifiques, UNESCO, instances gouvernementales) ou tout simplement perçue dans les faits (par les locaux, les professionnels du tourisme sur place etc). Dans tous les cas, définir un lieu comme étant sur-fréquenté reste très subjectif. En effet, les notions de surtourisme et de lieux sur-fréquentés sont récentes et il n’existe pas, à l’heure actuelle, de définition officielle ni de normes, de seuils homogènes…
En revanche, il est évident qu’accueillir un grand nombre de personnes au même endroit et au même moment, entraîne inévitablement des effets néfastes:

  • d’abord sur l’environnement: endommagement grave voire destruction d’un milieu naturel, surutilisation des ressources (eau, électricité), pollutions (déchets, pollution visuelle et sonore, etc)
  • puis sur les populations locales: perte de qualité de vie des résidents (pollutions, hausse des loyers, problèmes d’insécurité, prostitution, drogues etc), éviction des activités non-touristiques au profit du tourisme (rachat de champs agricoles, de maisons individuelles pour construire des hôtels etc), détérioration de leur patrimoine, développement d’un sentiment fort de tourismophobie

Si les effets néfastes sur l’environnement sont plutôt évidents car visuels, les effets néfastes sur les populations locales le sont beaucoup moins… Par exemple, les rizières en terrasses du Yunnan en Chine (photo de couverture) sont très visitées et bien aménagées pour permettre aux touristes de ne pas circuler dans les rizières, et ainsi d’éviter que les champs toujours cultivés ne soient endommagés. Il est donc difficile de se rendre compte, à première vue, de l’impact du tourisme de masse sur les populations locales… Heureusement, en se renseignant auprès des locaux, nous avons appris que des mesures avaient été mises en place pour protéger l’ethnie minoritaire qui exploite les rizières – en rendant impossible l’achat, la construction et la détention de locaux commerciaux par les chinois des autres ethnies.
Agir en connaissance est un premier pas vers la responsabilité!

 

Carte des lieux sur-fréquentés recensés par Florie Thielin et ses étudiants (non-exhaustive)
(source: voyageons-autrement)

Légende:
Noir: lieux interdits d’accès
Rouge: lieux souffrant du tourisme de masse sans aucune mesure prise
Orange: lieux souffrant du tourisme de masse pour lesquels des mesures ont été prises
Jaune: lieux à surveiller

 

 

Faut-il s’interdire de visiter des lieux sur-fréquentés?

Au risque de vous décevoir, nous n’avons pas de réponse à vous donner: il s’agit d’un choix très personnel. Et pour avoir déjà visité des lieux sur-fréquentés au cours de notre voyage, nous n’allons certainement pas vous faire la morale!

Ceci dit, avant de foncer tête baissée vers un lieu d’intérêt, nous pensons qu’il est nécessaire de s’informer au préalable: cela permet de se faire sa propre opinion, de prendre une décision en toute connaissance de cause, et surtout, de rechercher des alternatives pour limiter son impact!

 

S’informer pour mieux décider

Nous allons ici vous donner quelques exemples de questions que nous nous sommes déjà posées en voyage, et dont les réponses ont pu nous aider à faire des choix. Elles sont classées par catégorie: impact sur l’environnement, impact sur les populations locales, mesures prises par les autorités et apport personnel.

 

Impact sur l’environnement

  • Le tourisme a-t-il un impact négatif sur l’environnement (changement climatique, écosystèmes menacés, déchets non traités etc)?
  • Peut-on y trouver certaines activités mettent en scène des animaux sauvages?
  • L’environnement est-il protégé, par un label ou par un système juridique (espace naturel protégé)?

La question de l’environnement a joué un rôle crucial dans notre choix personnel de ne pas visiter la baie d’Halong au Vietnam: en 2018, on dénombrait 15000 visiteurs/jour – des visiteurs qui s’amassaient dans des bateaux de croisière polluants, pour visiter un site qui ressemblait plutôt à une autoroute à bateaux…
À l’heure actuelle, aucune mesure n’a été mise en place par les autorités pour protéger ce site naturel qui se dégrade rapidement.

 

Impact sur les populations locales

  • Est-ce que le tourisme génère vraiment des bénéfices pour les locaux (emploi, maintien des petits commerces)?
  • Les locaux ont-ils accès à ce patrimoine historique (tourisme national versus tourisme international)?
  • Les droits de l’homme sont-ils respectés lorsque les locaux sont embauchés pour servir les touristes?

 

Mesures prises par les autorités

  • Y a t-il des quotas, ou des limitations d’accès?
  • Les autorités ont-elles conscience du problème? Prennent-elles des mesures concrètes, comme par exemple interdire totalement l’accès à une plage pour que le corail se régénère?

Depuis 2019, l’accès au parc national Plitvice en Croatie est régulé en haute saison: le nombre d’entrées y est limité à 10000 visiteurs à la journée. Récemment, les gouvernements thaïlandais et philippins ont pris des mesures concrètes pour protéger l’environnement, en fermant provisoirement l’accès à la plage de Baie Maya (Thaïlande) et en instaurant un quota de visiteurs pour la plage d’El Nido (Philippines).

 

Apport personnel

  • Ai-je vraiment envie de voir ce site? Mon intérêt est-il réel? Ou influencé par mon entourage, les réseaux sociaux, un guide voyage décrivant l’endroit comme “un must-do, à voir absolument”?
  • Quelle est mon intention, mon but en visitant ce lieu?

Il n’est pas toujours évident de dissocier un intérêt réel d’une intention totalement influencée – surtout à l’ère des réseaux sociaux, des hashtags et des photos filtrées. On peut tout de même se raisonner, et se poser la question, par exemple, de savoir s’il n’est pas préférable de se détendre sur une petite plage pas très connue, plutôt que sur une plage repérée sur Instagram, avec ses couleurs retouchées et une immense foule de vacanciers…

 

 

Quelles solutions s’offrent à nous?

Vous planifiez de vous rendre dans un lieu identifié comme un lieu sur-fréquenté, mais souhaitez minimiser votre impact? Voici quelques solutions pratiques:

  • Visiter hors-saison: et on a d’ailleurs pas mal d’exemples personnels, à commencer par le parc national de Plitvice en Croatie! Nous l’avons visité au cours de l’hiver 2017 et n’y avons vu que des avantages: un parc vide de touristes, un tarif d’entrée au rabais (environ 4€/personne contre 15€ habituellement), et un paysage tout aussi grandiose!
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40m de cascade gelée, on s’en souviendra longtemps!
  • Se renseigner sur des sites similaires, à proximité et moins visités: comme vous le savez déjà, nous n’avons pas visité la baie d’Halong (Vietnam). En revanche, nous avons fait le choix de visiter les montagnes autour de Tam Coc – un site surnommé la baie d’Halong terrestre. Et nous avons beaucoup apprécié cette alternative qui nous a permis de nous perdre sur des sentiers de terre pas vraiment touristiques, de regarder des locaux pagayer des barques à la force de leurs pieds, et d’apprécier un environnement qui n’est pas (encore?) sur-exploité!
  • Éviter les activités sur site qui ont un impact négatif sur l’environnement: combien de sites accessibles à pieds proposent encore des trajets à dos d’éléphant, ou en jeep tout-terrain?…
  • Militer pour faire pression sur les autorités et les acteurs du tourisme: sans aller jusqu’à protester dans la rue, vous pouvez tout à fait agir pour obtenir plus de mesures – par des actes de boycott, des signatures de pétitions, ou une médiatisation des problèmes… C’est comme cela que plusieurs entreprises vendant des tours à dos d’éléphants (en maltraitant, au passage, ces gros pachydermes pour les dompter) ont fermé en Asie du Sud-Est!

 

Pour conclure, il est important de rappeler que nos actions ne sont pas sans conséquences – que ce soit en voyage, à la maison, en visitant un lieu sur-fréquenté ou non. Il n’est jamais trop tard pour adopter de meilleures habitudes, et surtout un comportement plus responsable en voyage.

 

 

Pour aller plus loin dans cette réflexion…

 
Décider de ne pas aller au Machu Picchu: un choix responsable, du blog Voyages d’une plume (article paru le 10/05/2018)
La page Facebook “Tourist or not tourist”, une revue de presse consacrée au tourisme responsable
Les plateformes Hopineo et Voyagir pour un tourisme plus responsable
 

 

 

* Article rédigé d’après notre expérience personnelle *
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