Voyager sans argent, bonne ou mauvaise idée?

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Depuis quelques mois, on voit apparaître un peu partout dans les médias des articles et des reportages au titre accrocheur: « il a fait le Tour du Monde sans argent », « elle a traversé l’Europe avec 0€ ». Voyager sans argent est-il une vraie ou fausse bonne idée? C’est la question sensible que nous nous sommes posée… Une vraie question, qui donne à réfléchir!

 

A la rencontre des aventuriers fauchés

Ne faisant pas nous-mêmes partie de la catégorie de nomades « sans argent », nous avons donc écouté, lu, échangé avec ceux qui ont fait de leur périple, une aventure uniquement basée sur l’échange (donner quelque-chose contre une contrepartie) et le don (céder quelque-chose que l’on possède, sans contrepartie).

Il est apparu, chez ces nomades, que l’argent est perçu comme une contrainte voire une entrave à la liberté. Parmi les arguments donnés, on retrouve celui de l’encouragement à l’injustice sociale, la cause de certains conflits. L’argent est alors considéré comme un puissant outil destructeur pour nous et notre monde, avec la recherche du profit à tout prix… Ces nomades partent donc avec un objectif personnel, tels de nouveaux révolutionnaires: celui de ne strictement rien dépenser, et de prouver la viabilité d’un contre-pied au monde financier; une autre alternative possible à l’argent, dans un monde régi par les échanges monétaires…

On peut sans doute qualifier leur vision d’utopiste; mais après tout, ne dit-on pas que tout commence par une idée?

 

Voyager sans argent: une idée louable?

Pour l’avoir nous-mêmes constaté, s’affranchir de l’argent dans certains cas s’avère être une expérience incroyablement enrichissante: on apprend à se débrouiller, à réparer des vêtements troués plutôt que d’en racheter des neufs, à cultiver ses propres légumes pour se nourrir, à troquer des services lorsque cela s’avère nécessaire… On finit par se raisonner, à remettre en question son propre rapport à l’argent (est-ce bien utile d’acheter ça?).

En court-circuitant le système économique et ses travers, les échanges se font plus humains, plus sains, plus égalitaires. Que l’on soit jeune ou vieux, expérimenté ou non, chacun possède des ressources uniques qu’il peut tout à fait utiliser dans le cadre d’un échange: le voyageur peut ainsi troquer ses compétences contre un lit et/ou un repas par exemple. Outre la satisfaction d’avoir économisé de l’argent, on réapprend à donner et recevoir dans un esprit joyeux d’entraide, en contournant les barrières sociales imposées par l’argent. On (re)découvre ainsi les autres, ses amis, ses voisins; on se rend service, on se fait plaisir, on apprend et finalement, on en sort plus heureux et plus grandi!

A tout cela s’ajoute l’exploration d’un nouveau monde, celui du troc mais surtout, du don inconditionnel! Si les économistes et grands financiers maîtrisent bien l’argent et ses codes, ses institutions, sa valeur et son usage; qui peut décrire et maîtriser un autre système, une alternative « sans argent »? Les voyageurs fauchés ont donc une certaine légitimité dans la découverte, la description et la transmission des valeurs de ce contre-système financier; et leur expérience personnelle permet une belle avancée dans le domaine – à l’image de l’aventurier français Benjamin Lesage, dont le voyage « sans argent » a permis de poser les bases de l’écovillage Eotopia!

 

… Ou une mauvaise idée?

A un moment donné, les voyageurs fauchés vont tout de même être confrontés au problème de l’argent. Un voyage, dans sa préparation, nécessite un minimum d’investissement financier – pour l’obtention du passeport et des visas, pour les frais de santé tels que les vaccins obligatoires, pour s’équiper un minimum (vêtements techniques, sac de randonnée, matériel de trek)…

Il faut également apprendre à distinguer les aventuriers du don d’une autre catégorie de routards prétendument fauchés (mais bien connectés!) qui n’hésitent pas à se mettre en avant, encouragés par des « like » virtuels sur les réseaux sociaux. Leur but primaire? Une recherche de célébrité plutôt qu’une réelle recherche d’alternative…

Et il faut croire que le voyage sans argent est devenu un phénomène à la mode! On a beaucoup vu apparaître, ces derniers temps, des titres racoleurs évoquant « l’aventure sans argent » dans le but d’attirer l’œil du lecteur et de générer du clic. Malheureusement, ce genre d’article alléchant contribue à penser, de prime abord, que n’importe qui peut voyager sans argent aussi simplement, du jour au lendemain… L’information peut ainsi toucher toutes sortes d’individus; du plus détaché à celui qui n’a pas les outils nécessaires pour la décrypter et prendra tout au premier degré. Certains partent donc voyager en pensant pouvoir allier voyage et gratuité; et en prenant tout ce que les hommes sont capables de donner, méprisant au passage les dimensions éthiques, culturelles ou religieuses du don

D’ailleurs, là où certains admirent ces routards fauchés, d’autres perçoivent très négativement leurs pratiques. C’est le cas dans certains pays d’Asie où l’autostop, peu répandu, conduit les populations locales à voir d’un mauvais œil ces « touristes blancs » user de leur pouce, en ne payant aucun transport. Cela n’est pas sans rappeler certaines dérives, comme celle des begpackers. Il en résulte une perception très négative par les locaux: indignation, injustice, voire même un sentiment de néo-colonialisme – des résultats à contre-courant des attentes constructives de l’échange et du partage…

Et puis, il nous arrive d’avoir le sentiment d’assister à une course où le vainqueur serait celui qui ne dépense rien. Combien d’entre nous ont déjà été témoins d’échecs de voyageurs désargentés qui, poussés à bout de leurs limites, deviennent mauvais quand l’hospitalité ou n’importe quelle forme de don leur est refusé? Est-ce qu’ils ont conscience qu’en ne dépensant rien, d’autres vont forcément devoir le faire pour eux? Car oui, dépendre du don en voyage ne fait que déplacer le problème de l’utilisation de l’argent, et non le résoudre…

 

Quel bilan?

Avant de conclure, on tenait à rappeler qu’il n’y a pas une règle, une définition du « voyage sans argent ». Dans ce domaine, tout reste à faire, à explorer! Lorsque l’on fait appel à la générosité des locaux en voyage, cet acte très personnel reste une affaire privée et consentie entre deux parties (le voyageur et le donateur): personne d’autre en dehors de ces deux parties ne devrait juger si le don ou le partage est équitable, juste ou non!

A titre personnel, et après plusieurs débats et moments de réflexion (individuels et collectifs), nous restons convaincus du bien-fondé de notre démarche minimaliste et à petit budget, sans s’octroyer l’étiquette de « voyageurs sans argent » que nous n’apprécions pas vraiment. Lorsque l’on cherche un peu, on se rend vite compte que tous les voyageurs sans exception ont utilisé de l’argent. Il est aussi apparu qu’en voyageant sur le long terme, le voyageur fauché a plus de chances de tomber dans la perversion: épuisement, privations, dépression; c’est dans ces cas extrêmes face à la peur et au désespoir que le routard adoptera une approche beaucoup moins morale pour arriver à ses fins. C’est là toute la limite que nous ne souhaitons pas franchir! 

Et toujours d’après notre propre expérience, nous nous sommes fixé une petite charte éthique:

  • Pour nous, il est préférable et dans l’intérêt de tous, de se renseigner sur les pratiques et coutumes de chaque peuple afin de n’offenser personne. Dans certains cas, il vaut mieux refuser poliment une offre plutôt que de se mettre dans une situation embarrassante voire dangereuse.
  • Concernant le don, le voyage a été pour nous l’occasion d’apprendre à donner et à recevoir, c’est-à-dire prendre juste ce que l’on a besoin et donner tout ce que l’on peut, à recevoir avec humilité pour mieux donner!
  • Enfin, il ne faut pas partir à la recherche du don à tout prix: cela doit rester un geste sincère et spontané pour être apprécié! Néanmoins, pour vivre une expérience hautement humaine et enrichissante, n’hésitez pas à aller de l’avant en proposant votre aide, en cuisinant un repas, en donnant des cours de langue ou en échangeant d’autres compétences contre l’hospitalité et/ou un repas, comme nous le faisons. En somme, alternez les expériences de partage et de don, sans jamais tomber dans le profit!

 

Mais où se situe réellement la limite entre les voyageurs « sans argent » et ceux à petit budget, comme nous? Question très complexe, puisque chacun possède ses propres limites éthiques. On conclura en vous disant que peu importe le budget ou la manière de voyager, tant qu’elle est faite dans le respect de tous!

 

 

Un grand merci à Globestoppeuse pour son aide précieuse, et aux amis de Voyagez-nous: la France en autostop! pour avoir pris le temps de répondre à nos questions.

*Article rédigé d’après notre expérience personnelle uniquement*
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