world-flags-globe-translationVous vous rendez prochainement au Kirghizistan? Alors vous avez très certainement entendu parler du trek au lac d’Ala Kul et les sources d’eau chaude d’Altyn Arashan – et peut-être même que vous planifiez de le faire… On vous comprend: avoir l’opportunité de randonner dans les montagnes vertes du Kirghizistan, marcher sur une crête, perché à 3900m; pique-niquer sur les bords d’un lac d’altitude et rencontrer des nomades kirghizes n’arrive pas tous les jours!
En revanche, combien d’entre vous savent qu’il est possible de réaliser ce trek sans guide et en parfaite autonomie? Connaissent l’emplacement des sources chaudes gratuites d’Altyn Arashan? Et comment préparer ce trek, combien de jours, avec quel matériel? Ça tombe bien, toutes les réponses à vos questions se trouveront dans ce guide de trek! 

 

Préparer son trek

chronometre
3 jours ou plus

Étape indispensable avant de partir gambader gaiement dans les belles montagnes de Karakol: bien préparer son trek! On vous a donc préparé une liste complète d’astuces et conseils, tirés de notre propre expérience, pour vous permettre d’être dans les meilleures conditions pour affronter les sommets kirghizes! 😉 

 

Équipement

La tente n’est pas nécessaire (yourtes et camps d’été payants tout au long du chemin durant la haute saison) mais vivement conseillée: il faut savoir que les réservations en yourtes ne sont pas possibles (à moins d’envoyer un pigeon-voyageur pour compenser l’absence de réseau téléphonique ou de passer par une agence onéreuse?) et il se peut que les camps affichent complets lorsque vous arriverez sur place… Si vous n’avez pas de matériel de camping, ne paniquez pas: vous pouvez en louer très facilement au centre-ville de Karakol, dans des magasins spécialisés en équipement de montagne (Ecotrek, eXtreme Tour).

 

Vêtements

À Karakol, on entend très souvent dire “en 1 jour, il peut y avoir 4 saisons“. Et c’est bien vrai! Pendant nos deux jours de trek, on aura tout eu: du vent, de la grêle, de la pluie… et un peu de soleil tout de même! Pensez donc à prendre toutes les affaires nécessaires pour vous couvrir durant le trek: t-shirt et pull, K-way, casquette, bonnet, écharpe, chaussettes en laine etc… Notre astuce: séparer bien vos vêtements secs des vêtements utilisés (voire mouillés) grâce à des sacs étanches comme des sacs de rangement, sacs plastiques ou des pochettes de congélation. Vous serez ravis d’enfiler des vêtements secs pour passer la nuit au chaud! 🙂

 

Nourriture

Afin de ne manquer de rien, on vous conseille de prendre assez de nourriture pour une autonomie totale de 3 jours (incluant 3 repas/jour et des snacks). Vous pouvez vous inspirer de ce tableau pour vos courses au bazar ou à l’épicerie locale:

  Matin/Snacks Midi/Soir

Sans réchaud

Biscuits
Fruits secs, pâtes de fruits, barres de céréales

Pommes de terre/œufs déjà cuits
Tomates, concombres, fruits, pain, fromage

Avec réchaud 
Bonbonnes de gaz en vente à Karakol
Muesli (мюсли)/céréales
lait en poudre (сухие сливки)
+ ce qui est possible sans réchaud
Noodles, riz
Bouillon en poudre (бульон)
+ ce qui est possible sans réchaud

 

Eau

De l’eau, il n’en manquera pas sur votre chemin: rivières, lac… Ne vous chargez donc pas inutilement, 1 à 2L/personne au départ seront bien suffisants! Il vous faudra ensuite remplir vos bouteilles directement dans la nature, soit dans les petits ruisseaux d’eau pure venant alimenter les rivières, soit carrément au lac Ala Kul. Personnellement, nous n’avons pas utilisé de pastilles chlorées ni de filtres, et n’avons pas été malades; ni pendant, ni après le trek… En revanche, ne prélevez pas l’eau là où les chevaux paissent au risque de connaître quelques troubles digestifs!

 

Carte/GPS

Vous ne manquerez pas de trouver une carte topographique de la région à l’Office de Tourisme de Karakol (coût: environ 400 soms). Mais on a mieux! Si vous n’avez pas encore téléchargé l’application de localisation hors-ligne Maps.me on vous conseille vraiment de le faire: étant donné l’inexistence de balisage sur le chemin de randonnée (à l’exception de quelques cairns bien placés dans la montagne), on était vraiment contents de pouvoir compter sur le GPS et la carte hors-ligne pour se repérer!

 

Budget

Si vous êtes plutôt petit budget comme nous, prévoyez au moins de quoi payer le droit d’entrée le parc national (250 soms/personne, 150 soms pour une tente). Si vous êtes plus confortable niveau budget, sachez que les camps d’été tenus par des familles kirghizes peuvent vous proposer logis et couvert, à condition que ceux-ci n’affichent pas complets!

 

 

Notre itinéraire: de Karakol à Altyn Arashan

Jour 1: Karakol – camp Sirota, via la vallée de Karakol

Autostop: 5km Marche: 17km Temps: 7 heures Dénivelé: +1100m Point le plus haut: 2900m

 

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Réveil 8h, départ de Karakol à 9h: malgré la pluie ce jour-là, nous sommes partis motivés et prêts à en découdre avec la montagne. On marche un peu (beaucoup) pour sortir du village, et trouver une voiture en autostop qui nous emmènera au poste-frontière du parc national. Une fois le droit d’entrée payé, nous voici à marcher (sous un beau soleil radieux cette fois) le long de la rivière Karakol. La marche s’avérera être longue et sans grand intérêt, sauf lorsque la rivière s’élargit et se ramifie en fond de vallée: on y découvre un “paysage de carte postale”, avec des chevaux venus paître tranquillement au milieu des montagnes et des sapins verts. En arrivant près de l’intersection avec le chemin de randonnée menant à Ala Kul, nous croisons quelques 4×4: dommage, on aurait pu s’avancer au lieu de se fatiguer! Si vous en avez l’occasion, n’hésitez pas à arrêter un 4×4, en autostop ou en négociant avec le conducteur. 

Pour nous, l’aventure a réellement commencé lorsque nous avons traversé le petit pont en bois pour nous retrouver sur un sentier à peine tracé, en plein milieu d’une forêt dense. On a même fini par déclencher le GPS et suivre le chemin indiqué sur notre carte hors-ligne… Cette fois, ça monte: on marche doucement, à notre rythme. Après la forêt, on retrouve une grande clairière – peuplée de dizaines de marmottes. La monotonie fait place à l’émerveillement, les paysages changent rapidement: boue, poussière, herbe, roche; nos pieds traînent partout, nos yeux aussi… On se hisse tant bien que mal sur les rochers, guidés par les cairns et les quelques flèches peintes en bleu annonçant le prochain camp. Après avoir contourné le flanc de la montagne, on repère très vite le camp Sirota installé sur une parcelle de terrain plat: on y retrouve des yourtes, occupées par la famille de Sasha (ils en laissent quelques-unes à la disposition des voyageurs) et une cabane en bois à 15 minutes de marche, un peu plus loin. On peut tout à fait y camper gratuitement avec notre propre matériel, et profiter d’une table et de rondins de bois disposés près du feu. Ça tombe bien: une grosse pluie (ou plutôt douche) avait commencé à s’abattre sur nous, nous laissant trempés en moins de temps qu’il ne faut pour monter notre tente… D’abord abrités sous une yourte grâce à Sasha, puis requinqués à coup de fruits secs, on rejoindra un groupe de randonneurs autour du feu – un thé chaud dans la main, nos chaussettes à sécher dans l’autre.

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Jour 2: camp Sirota – col d’Ala-Kul – Altyn Arashan

Marche: 15km Temps: 9 à 11 heures Dénivelé: +965m/-1465m Point le plus haut: 3865m

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Passez votre souris sur la gauche et la droite pour naviguer sur la photo

On ne perd pas de temps le lendemain; on remballe la tente, on avale un petit-déjeuner express et on chausse les chaussures de randonnée. C’est parti pour une journée qui s’annonce chargée: montée, passage de col, puis grosse descente avant d’arriver à Altyn Arashan. On entame donc dans la sueur la première montée longeant la rivière, menant au fameux lac d’Ala Kul: on souffle, on s’arrête souvent, et on prie très fort pour que les gros nuages gris s’en aillent rapidement. Si la montée nous a bien échauffés, que dire des derniers 100 mètres qui se révèlent être à la limite de l’escalade? Malgré la difficulté, on apprécie la vue sur la vallée verte, sur les torrents de la rivière Kurgak Tor, sur les cascades d’eau provenant des neiges éternelles… 

Après notre pause bien méritée au lac, on reprend le chemin direction le col d’Ala Kul. Même si le chemin est moins escarpé et la montée moins raide, nos jambes supportent difficilement ces 400m de dénivelé positif après une première montée pour atteindre le lac. On prend le temps de monter doucement, de boire et de s’alimenter régulièrement – mais surtout, d’admirer les eaux turquoises d’Ala Kul au milieu des sommets enneigés. En arrivant au col, c’est le bonheur total: fini les cuisses brûlantes dans les montées pentues, bonjour le pique-nique copieux, assis à 3965m d’altitude; seuls, silencieux face aux majestueuses montagnes kirghizes…

On aurait peut-être pas du célébrer cette victoire trop tôt; car la descente qui nous attendait s’est révélée aussi (voire plus!) difficile que les deux montées successives. Pente ultra-raide et glissante, il a fallu bien s’accrocher pour passer à travers les névés et ne pas se laisser emporter par la boue et les petits cailloux. Il faut dire que la grêle qui tombait continuellement depuis nos premiers pas en descente n’a pas aidé… Arrivés au pied de la montagne, nous avons pu souffler un bon coup: cette fois, la décente est en pente douce sur une dizaine de kilomètres, le risque de tomber est minime. On a donc continué notre marche à un rythme plus soutenu, sous la grêle, le soleil et la pluie. Et puis, à 4 kilomètres d’Altyn Arashan, mauvaise surprise: le chemin nous a fait traverser la rivière… à pieds. On  a beaucoup hésité devant cette rivière glaciale, tumultueuse; dont le niveau de l’eau avait significativement augmenté à cause des intempéries et de la fonte des neiges… Et puis finalement, on l’a traversée en gardant nos chaussures aux pieds: trempés pour trempés, nous n’avions plus grand-chose à craindre. Lorsqu’il a fallu de nouveau traverser la rivière 2 kilomètres plus loin, ô joie, des troncs d’arbre avaient été déposés en guise de pont. Finalement, nous sommes arrivés à Altyn Arashan 5h après le début de la descente; épuisés, trempés, couverts de boue, le moral au fond des chaussettes (mouillées). Nous étions visiblement attendus: on nous a proposé de passer une nuit payante en yourte, de nous faire payer pour une douche, de nous vendre un repas traditionnel… L’offre était peut-être alléchante, mais pas autant que la perspective de se baigner dans des sources d’eau chaude gratuites! On s’est motivés pour marcher 2 kilomètres supplémentaires, pour atteindre les sources (emplacement indiqué sur la carte ci-dessous, visible plus clairement sur l’application Maps.me). Même si l’eau était plus tiède que chaude, c’était un vrai bonheur et un moment de pur détente après notre longue marche! Un moment qui s’est bien éternisé, jusqu’à la tombée de la nuit – nous obligeant à déguerpir rapidement, à peine rhabillés, lampes frontales sur le front et vêtements trempés au fond du sac.

 

Jour 3: retour à Karakol

Autostop: 27km Marche: 2km Temps: 3 heures

En se réveillant l’estomac vide et plein de courbatures, on s’est rendus compte qu’il ne nous sera pas possible de marcher jusqu’au prochain village d’Aksu. Malgré cela, on a profité du soleil radieux de cette matinée pour se prélasser dans l’herbe, vêtements et tente humides étendus autour du nous. Lorsqu’il a fallu nous remettre en route, nous nous sommes levés péniblement, avons tout remballé, avant de se traîner sur le bord du chemin, pouce en l’air – un chemin en piteux état, marqué par des cailloux plus ou moins gros et par des trous plus ou moins profonds.

Au bout de 30 minutes, le miracle s’était produit: un tabletka (un véhicule tout terrain de l’armée soviétique) venait de s’arrêter, avec à son bord un groupe de touristes belges nous invitant à monter. Ils nous partageront leur bonne humeur, leur propre expérience de la montagne et les quelques fruits secs et noix restantes. Après une heure et demi de route cahoteuse, on récupère l’asphalte et la grande route pour Karakol: on y sera déposés au centre-ville, et il nous faudra puiser dans nos dernières réserves pour marcher les 2 derniers kilomètres qui nous séparent de l’auberge où nous étions volontaires…

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Bilan post-trek

Alors, verdict: est-ce que randonner à Ala Kul, c’était cool? 😆 

Et bien oui, ce trek valait vraiment le coup, même si il y avait un peu de monde et qu’il était très difficile (à vrai dire, l’un des plus durs que l’on ait réalisé!). Mais ne soyons pas étonnés: entre le manque de préparation (notamment en terme de nourriture), la sous-estimation de la difficulté (randonnée à plus de 3000m, longues marches) et les conditions climatiques défavorables… Tous les ingrédients étaient réunis pour ne pas nous faciliter la vie. D’ailleurs, si nous devions refaire ce trek, nous prendrions beaucoup plus notre temps, en prévoyant de camper dans la vallée de Kel Dike plutôt que de marcher à tous prix jusqu’à Altyn Arashan et ses sources par exemple. Et on boirait beaucoup plus, avec de longues séries d’étirements en fin de journée, pour soulager notre corps torturé… Heureusement que le pouce en l’air marche très bien, et que nous avons pu nous avancer un maximum en autostop! 

Alors tenté par le trek Ala kul? 🙂 

 

* Article rédigé d’après notre expérience personnelle *

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Cet article a 2 commentaires

  1. Coucou Margaux et Julien, vous aviez raison, ce trek est vraiment ardu mais également magnifique, surtout la vue depuis le col.
    J’ai eu de la chance avec la météo, qui était juste parfaite, et du coup j’ai pu faire le tout en 2 journées bien remplies entre jeti oghuz à 6 h du matin et le village d’ak suu le lendemain à 19h…avec un stop dans la vallée de Karakol pour y dormir ( j’ai loué une tente pour 300 soms). J’ai de sacrés courbatures et 2 belles ampoules, mais pas de regrets, ce fut une belle expérience.
    J’ai vraiment apprécié nos discussions et votre projet.
    Le chemin compte plus que la destination. Notre destin relève de nos projets et de l’énergie que l’on met à les réaliser. Bonne continuation à vous deux.
    Mon blog pour me suivre :
    wanderlusttdmfred.blogspot.fr.

    1. Salut Frederic,
      Merci pour ton petit mot… et ton commentaire! Génial pour la météo, la vue devait être effectivement magnifique par temps dégagé 🙂 On a également eu un super temps pour les Jeux Nomades, et l’occasion de voir l’équipe de France (oui oui, l’équipe de France, tu as bien lu!) jouer au Kok-Boru contre l’Ouzbekistan. Sacré ambiance dans les tribunes!
      Bonne route à toi et au plaisir de te recroiser quelque part en chemin… Qui sait? 🙂
      PS: merci pour le lien! On a déjà hâte de lire tes impressions sur le Kirgizistan!

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