À la rencontre des peuples d’Indochine – Roadtrip au Nord Vietnam et Laos

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Bonjour, Hello, Ciao, Dober dan, Dobar dan, Mirëdita, Geai sou, Merhaba, Barev, Gamarjoba, Salam, Salom, Nihao, Xin chào, Sabai dee! Bienvenue dans notre série de newsletters qui retrace, chapitre par chapitre, notre grande aventure en autostop. Voici le chapitre 17 de notre aventure: “À la rencontre des peuples d’Indochine” – Roadtrip au Nord Vietnam et Laos.
Bonne lecture!


Roadtrip Chapitre 17 –
À la rencontre des peuples d’Indochine

Tel est pris qui croyait prendre

“Give us the good amount” (Donnez-nous le bon montant). À deux pas des douanes chinoises, un vietnamien rusé nous propose d’échanger nos derniers yuans chinois contre des Dongs: seulement, au lieu de nous fournir 4 billets de 100.000 Dongs comme prévu, nous voilà avec 4 billets de… 10.000 Dongs. La technique est rodée, jouant avec l’esprit crédule du touriste égaré. Pas de chance cette fois-ci avec nous: nous décèlerons l’arnaque, et traverserons la frontière avec les bons billets.

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On traverse la petite ville de Lao Cai, pour se placer le long de l’unique et sinueuse route menant à Sapa. L’attente se fait longue, et le temps mauvais. Lorsqu’une fine pluie finit par tomber, un généreux chauffeur de taxi nous fait signe de monter. Il nous déposera gratuitement au centre-ville de Sapa, de nuit, sous une pluie battante. D’emblée, l’omniprésence d’enseignes lumineuses et l’horrible cadence de musiques techno jouées en boucle par les resto-bar de la ville nous agressent. Qu’est devenue la petite ville coloniale de Sapa, celle qui ornait ces cartes postales en noir et blanc d’Indochine? Mal à l’aise, dépités, nous pressons le pas pour sortir de cet attrape-touristes écœurant. Heureusement, notre hôte Bao vit à Ta Van, à 7 kilomètres de là.

Trempés, mais soulagés: au bout d’un chemin de terre passant par la vallée, le calme du village de Ta Van nous accueille. Au restaurant principal du village, nous retrouvons Bao en compagnie du patron, un ami. Présentations faites autour du dîner composé principalement de riz, nous suivrons Bao par des petits chemins boueux jusqu’à notre logement provisoire: une maison traditionnelle de la région, tout en bois et aux murs noircis par la suie qui se dégage d’un petit poêle à bois, sans cesse alimenté pour chauffer l’air circulant d’un rez-de-chaussée mal isolé, jusqu’à la mezzanine de l’étage où sont posés négligemment une série de matelas sur un vieux plancher. Et dire que Bao prévoit d’accueillir des touristes après notre passage! Il y a encore beaucoup à faire pour aménager la salle d’eau, mais surtout beaucoup de ménage à faire pour enlever cette couche de cendre noire qui colle aux lits…

Heureux hasard des réseaux, Hanh, une autre hôte Couchsurfing, habite aussi à Ta Van. On la rencontre dans sa maison d’hôte (Homestay) avec ses deux “sœurs” (en réalité, sa sœur et la femme de son cousin). Son établissement, également une maison traditionnelle réaménagée, nous apparaît plus propre, plus chaleureux, plus accueillant. Le courant passe bien avec ces sœurs issues de la minorité ethnique locale Dzay: elles accepteront de nous héberger gratuitement pour trois nuits, en échange d’aide dans la cuisine et à la plonge. Une proposition bienvenue, pour tenir ces quelques jours marqués par une pluie continue.

Une nouvelle année débute, une autre aventure commence. On quitte Ta Van comme nous sommes venus: sous la pluie. Seulement cette fois, nous voilà mieux armés pour l’autostop: Dong, un membre du réseau Couchsurfing qui n’avait pas pu nous héberger à Sapa, nous a traduit notre phrase d’accroche en vietnamien – “Chúng tôi đang đi bộ vòng quanh thế giới, cho chúng tôi đi nhờ 1 đoạn, cảm ơn” (Nous marchons autour du monde, si vous pouvez nous avancer, merci). La facilité avec laquelle nous arrêterons des voitures ce jour-là nous déconcertera autant que Dong, que nous avons remercié par la suite un millier de fois. Alors que nous n’étions plus qu’à 18 kilomètres de Vinh Tuy, notre destination, une famille nous interpelle: on sort le traducteur, et engage la conversation. “Vous devez avoir faim, venez!”. On nous fait traverser le garage à moto, avant de nous installer autour d’un copieux dîner, servi dans la principale pièce de vie. Le fils aîné, qui avait lu notre panneau et pensait, à tort, que nous avions marché toute la journée, nous verse un peu d’alcool de riz artisanal dans deux petits verres. On n’ose pas leur faire comprendre que nous avons été avancés par plusieurs véhicules; d’ailleurs, peu de gens au Vietnam connaissent l’autostop. Peu importe, ils ont l’air d’être ravis de nous avoir, et nous, nous sommes ravis de passer un moment exceptionnel avec eux. Contre toute attente, la famille propose de nous héberger: après une courte hésitation, nous déclinons poliment leur offre; notre futur hôte Michael nous attendant à Vinh Tuy. Qu’à cela ne tienne! Le père et le fils insistent pour nous y conduire. Ils nous déposeront devant l’étal de Banh mì (sandwich vietnamien, préparé avec un pain baguette) placé sur la chaussée, devant la maison de notre hôte, et encore plein des Banh mì pâté cuisinés par la femme enceinte de Michael. Elle et son mari, professeur d’anglais particulier, se sont installés dans la maison familiale, héritée des parents de Michael. Entre un quotidien monotone et l’arrivée prochaine du bébé, notre hôte se pose (beaucoup) de questions – sur le sens de la vie, le rôle de chacun, le bonheur, le destin… Même si nous n’avons pas réponses à toutes ses questions, cet échange aura pris une autre dimension – une dimension bien plus profonde que la simple démonstration de notre recette des crêpes, qui pourraient bien se retrouver un jour sur l’étal, à côté des Banh mì pâté.

Un tour et puis s’en va

Après deux nuits passées chez Michael, nous repartons sur la route principale, direction la province d’Hà Giang et ses montagnes. Un ami, basé depuis quelques années à Hô-Chi-Minh City nous l’a vivement recommandé. Mais en voyant plusieurs touristes à scooter nous dépasser, on s’interroge: est-ce vraiment une bonne idée? Va-t-on vraiment en profiter… ou même simplement apprécier?

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Encore une fois, le pouvoir déconcertant de notre pancarte et l’hospitalité des vietnamiens croisés effaceront tous nos doutes. Cheminant au gré d’un trafic peu dense, on profite de chaque instant qui nous offert – l’attente pour s’enivrer des magnifiques paysages, les sourires des écoliers et habitants de Sửa Pả qui nous sont destinés, le thé offert par ce conducteur qui gère un établissement hôtelier, un bout de terre isolé pour planter notre tente…

À Mèo Vac, dernière ville-étape de la “boucle d’Hà Giang” (telle que dessinée par les acteurs du tourisme), un dilemme se pose: faut-il tendre le pouce sur la route revenant vers Hà Giang et boucler la boucle, ou se laisser conduire sur cette autre petite route, vers des destinations inconnues? Le choix est rapide, évident, presque trop simple: nous n’avons pas de moto à rendre, pas de guide voyage, pas de contrainte de temps. L’aventure continue, sur cette route de campagne sinueuse, le long de la rivière Nho Quê.

Nà Phòng. Notre dernier conducteur s’arrête dans ce village isolé, coincé entre deux chaînons. Cela fait quelques temps que nous n’avons croisé aucun touriste, aucune maison en dur, et l’absence de restaurant achalandé ou d’établissement hôtelier confirme notre suspicion: la popularité de la boucle de Hà Giang a ses propres limites. Comme la veille, nous marchons jusqu’à la sortie du village, dans l’espoir d’y trouver un terrain plat, isolé, pouvant accueillir notre tente, une fois dépliée. À deux pas de la grande station service, nous interpellons un groupe de locaux, traducteurs en main: “Nous avons une tente, nous cherchons un terrain pour la nuit. Pouvez-vous nous aider?”. Nos interlocuteurs se regardent à tour de rôle, avant d’entamer une discussion animée. Est-ce qu’ils ont compris? Une femme s’avance, nous prend le traducteur des mains. Sur l’écran, son message traduit maladroitement: “vous pouvez rester ici”. On souffle, on sourit, on les remercie. “Où pouvons-nous planter notre tente?” La femme comprend, nous emmène dans la cour de la petite entreprise familiale de fabrication de parpaings. Derrière un tas de sable et deux sacs de graviers, elle nous désigne une parcelle de terrain plat. Les autres nous rejoignent, avant qu’un nouveau conciliabule ne soit entamé: on essaie de les rassurer, de leur faire comprendre que l’endroit est parfait pour nous… Mais visiblement, ce n’est pas assez pour eux. Notre hôte se dirige alors vers un petit abri en tôle, nous désigne une simple plateforme en bois, surmontée d’une moustiquaire. On comprend qu’elle nous invite à dormir là, et on accepte son invitation de bon cœur

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La famille vit dans l’abri en tôle adjacent, les petits dorment avec leurs parents sur une même paillasse en bois. C’est très précaire, mais personne ne manque de rien. À l’heure du dîner, tout le monde se verra servir du riz et de la soupe – nous compris. On se rendra compte, avec une certaine honte, que notre porte-monnaie est vide de Dongs (de ce que nous avions échangé une semaine plus tôt, à la frontière sino-vietnamienne). Pas de banque disponible, évidemment, pour nous aider. Je fouille mon sac, à la recherche d’un objet dont je pourrai leur faire cadeau, tombe sur les crayons de couleurs qui nous avaient été offerts par la directrice de l’école de Guli, en Ouzbékistan. En voyant leurs visages ravis, le mien s’illumine: n’est-ce pas le propre du voyageur, que de distiller savoir et biens le long de son chemin?

On repart au petit matin le cœur lourd, le sac plus léger. Direction Hanoï, la ville, la pollution, les rues encombrées. Par chance, on réussit à arrêter une petite voiture conduite par un ingénieur en hydro-électricité qui descend d’une traite à la capitale vietnamienne. Tandis que les montagnes brumeuses de Cao Bang disparaissent, on ressasse ces derniers jours de périple complètement fous, touchés par ces premières rencontres avec des vietnamiens curieux, souriants, bienveillants. Contrairement à ce que l’on croyait, la guerre, contre les français puis les américains, ne les aura pas rendus amers.

Nous arrivons chez Giang à la tombée de la nuit, sous une pluie fine. Giang, un étudiant qui apprend le chinois et travaille comme traducteur en même temps, nous invite à déguster des Banh Mì à deux rues de chez lui. On y restera trois nuits; le temps pour nous de visiter Hanoï à pied et à scooter grâce à Kevin, de retirer de l’argent à la banque, d’acheter des dollars, d’être interviewés par Duong (une jeune Hanoïenne qui souhaitait absolument diffuser notre histoire auprès des étudiants de son école), de discuter avec Bronzel, le coloc noir-américain de Giang… Tic, tac. Pas le temps de s’attarder ici, il ne reste désormais plus que trois jours avant la fin de notre visa.

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Quand on cherche, on trouve

Avant d’arriver au Vietnam, nous rêvions de rizières, de la baie d’Halong, de plats exotiques. En se renseignant à Hanoï, notre rêve d’Halong tombe en désillusion: la baie est aujourd’hui polluée, défigurée par des milliers de bateaux à touristes. Un massacre, une honte, un véritable écocide. Hors de question d’y aller, de salir l’image de la baie de nos rêves. À la dernière minute, quelqu’un nous aiguille finalement sur Ninh Binh – la baie d’Halong terrestre, comme on la surnomme. 

Nous débarquons donc à Ninh Binh, sans hôte, sans plan… et sous la pluie, évidemment. Réfugiés dans un petit restaurant, avec deux bols de noodles fumants, nous attendrons patiemment que la pluie cesse avant de rechercher un coin pour dormir. À la sortie de la ville, une famille à qui nous demandons où il serait possible de planter notre tente nous invite à camper dans leur cour. On passe une bonne soirée en leur compagnie, avant que le karaoké de nos hôtes résonnent dans le quartier aux aurores, au même moment où les coqs se mettent, eux aussi, à chanter. 

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Tam Coc

Malgré la bruine, le poids des sacs, les longues heures passées à faire le tour des pics de Tam Coc, on apprécie la beauté du lieu tout en avançant, silencieux. Nos yeux amusés regardent passer plusieurs barques, que des vietnamiennes font avancer en pagayant avec leurs pieds. Mais nos épaules échauffées nous poussent à repartir vite en stop, quelque part à l’ouest, quelque part où on pourra passer une bonne nuit, en toute tranquillité. Alors qu’un conducteur nous arrête dans la petite ville de Nho Quan, on en profite pour remplir nos estomacs vides de délicieux Banh Mi. Auprès de la commerçante souriante, je tente ma chance: “peut-on camper quelque part, tout près, peut-être dans votre jardin?” Elle ne semble pas comprendre, et je finis par laisser tomber, un peu dépitée. On se remet en marche avec nos épaules endolories, notre technique de porte-à-porte rodée: “bonjour, où peut-on poser notre tente? Pouvez-vous nous indiquer un jardin, un parc pour camper en sécurité? Est-ce possible d’installer notre tente là, dans votre cour?”. Et alors que la fatigue et les refus s’accumulent, Julien tente une dernière fois d’aborder une famille en train de dîner. Sans nous laisser le temps de nous expliquer, Tran Sy nous invite à manger, à s’asseoir avec eux, à nous reposer. Une offre généreuse, complétée par une bonne douche, de longues discussions avec cet ex-militaire sur l’absence de rancoeur des Vietnamiens pour d’anciens “ennemis de la Nation”, et une nuit au calme passée sur un épais matelas de mousse, installé par sa femme et sa fille directement sur le sol du salon.

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Tran Sy et sa famille

On quitte nos hôtes ravis et reposés. Les kilomètres de route qui nous séparent de Mai Chau et ses jolies rizières sont vite parcourus, sous un grand ciel bleu dégagé. Malgré la beauté du lieu et le temps merveilleux, on se raisonne: tic, tac, demain nous devrons quitter le territoire vietnamien. En fin de journée, nous atteignons le dernier gros village, Quan Sơn, situé à 50 kilomètres de la frontière. Comme la veille, on tente le porte-à-porte – avec un meilleur taux de succès, cette fois: Van Anh, jeune gérante d’un café-restaurant à la sortie de Quan Sơn, nous met à disposition une petite pièce de stockage, sombre, mal isolée. On y déploiera notre tente, seul rempart contre les moustiques à l’affut de sang nouveau, avant de rejoindre pour le dîner notre nouvelle hôte et sa bande. Notre dernière soirée dans le Nord du Vietnam sera à l’image de ses habitants: agréable, généreuse, remplie de sourires, d’échanges, d’hospitalité.

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Avec Van Anh

“Julien, réveille-toi. On doit y aller”. Il est 9h passé quand je décide de tirer Julien de sa grasse matinée. Ce départ tardif nous a fait rater quelques véhicules et un temps précieux sur cette route défoncée au trafic quasi nul, insignifiant. On marche, arrêtés dans notre élan par des locaux vénaux, prêts à nous emmener à la frontière contre une certaine somme d’argent: “Go Laos! Taxi! Dollars!”. On refuse véhémentement, pestant rageusement contre ces conducteurs de gros 4×4 peu empathiques. On marche, cinq, dix, quinze kilomètres; le corps endolori, sous une chaleur humide écrasante. Et puis une voiture s’arrête, avec deux chinois à son bord: ils nous déposent à la frontière vers 16h, avant la fermeture officielle des bureaux. Tic, tac: on rentre au Laos, juste à temps!

Changement de décor

“It’s 2$ more per person because of the week-end” (cela fait 2$ en plus par personne parce que c’est le week-end). On regarde une nouvelle fois les panneaux: 30$ pour le visa, 1$ pour le Fond National du Tourisme… Et rien d’autre. D’une voix ferme, je leur fais comprendre que le surcoût demandé n’est nul part indiqué, et que nous n’avons de toute façon pas plus à leur donner. Les douaniers finissent par abdiquer. On s’éloigne rapidement du poste-frontière, avec notre visa au juste prix durement négocié. Au milieu d’une piste poussiéreuse, on scrute l’horizon verdoyant, ce paysage vallonné recouvert de végétation tropicale, ces rizières en jachère. Personne pour nous saluer d’un sourire, personne pour nous proposer d’échanger de l’argent, personne pour nous vendre un trajet en taxi. Ces premiers instants au Laos plantent bien le décor: pour y faire de l’autostop ou avoir des échanges culturels avec des Laotiens, il va falloir redoubler d’efforts!

Après deux bons kilomètres de marche depuis le poste-frontière, une camionnette passe, s’arrête et nous prend – entre une pelle, une brouette et deux sacs de ciment. Elle nous avance d’une vingtaine de kilomètres, jusqu’au premier village où nous réussissons à négocier deux bols de nouilles instantanées payés avec des Dongs vietnamiens. La nuit tombe et dans l’urgence, nous plantons la tente sur le bord de la rivière, à la sortie du hameau. Malgré la fatigue, nous ne dormirons que d’un œil cette nuit-là: un faisceau de lampe torche pointera plusieurs fois sur nous, recroquevillés à l’intérieur, prêts à en découdre si il le faut avec le ou les intrus. Aux premières lueurs du jour, nous ouvrons la toile de tente et découvrons avec surprise un groupe d’enfants, venu jouer sur les berges de la rivière et nous offrir des bananes fraîches. On se sent rassurés, mais bien bêtes: en réalité, nous étions les intrus

Nous sommes mi-janvier, et dans cette partie du Monde le temps est lourd, humide. Vêtus de notre combiné d’été “short/t-shirt/casquette”, on reprend péniblement la route, avant d’arrêter une camionnette. À son bord, 12 adultes entassés, deux bébés, des cages pleines de poulets. On se demande bien si nous allons pouvoir monter avec nos sacs; tandis que nos compagnons ne semblent pas se poser de question: ici, tout le monde se serre les coudes (et les fesses). C’est parti pour 60 kilomètres de route tortueuse, de virages en épingle à vomir ses tripes, d’ornières qui piègent les roues dans les montées, de trajet silencieux comme pour mieux tout supporter. On s’improvise tantôt médecins pour soigner les malades en leur donnant un cachet antiémétique, tantôt dépanneur volontaire pour pousser la camionnette bloquée. Une expérience intense, marquante, qui aura dessiné les prémices d’une aventure laotienne de galères, de sueur et de poussière.

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Nous ne visiterons pas vraiment Sam Neua: après avoir retiré nos premiers Kip à la première banque croisée, on s’affalera dans le coin d’un modeste restaurant, affamés et épuisés. On y rechargera nos batteries à coup de soupe de noodles, puis celles de nos téléphones, avant de repartir. 

Un couple en pick-up nous prend, puis nous dépose à la station de bus locale, en sortie de ville: aïe, ils n’ont absolument rien compris… Malgré l’intervention de quelqu’un parlant un peu anglais, rien n’y fait: le couple finit par repartir, nous laissant là, à la tombée de la nuit. Julien repère un petit chemin perpendiculaire partant de la gare routière, et s’y aventure afin de trouver l’hospitalité pour la nuit, un bout de jardin pour accueillir notre tente quelque part dans ce petit quartier discret. Après plusieurs tentatives infructueuses, un homme accepte, lui indique la cour d’une maison en construction, presque achevée. Julien revient avec moi, les sacs; les présentations se font en présence de toute la famille, par gestes, en sourire. Une femme me prend par la main, m’amène à la porte de la future salle de bain: à côté d’un trou aménagé pour les toilettes et d’un bassin d’eau, je repère un jet – suffisant pour nous décrasser, et nous coucher propres, rafraîchis. Tandis que nous nous apprêtions à nous réfugier sous notre toile de tente, un jeune homme nous accoste, dans un relativement bon anglais: il s’agit de Boudman, et en bon voisin qui écoute les dires de son quartier, il est venu voir ces drôles d’étrangers. Rassuré, Boudman nous invite à venir partager quelques bières pour le Nouvel An, en compagnie de sa famille et amis, déjà grisés par l’alcool et le volume sonore du karaoké. Malgré la barrière de la langue, ils nous accueillent gaiement, à coup de bière Lao, d’éclats de rire, de selfies ratés. Au point de nous proposer de déplacer notre tente dans leur jardin – chose que l’on fera le lendemain matin, une fois tout le monde remis de cette drôle de soirée. On cuisine des crêpes pour tout le monde, on ramasse du bois pour la cuisine. Entre deux tâches, on s’assoit pour écouter et questionner nos nouveaux hôtes sur leur quotidien, leur projet d’ouvrir un restaurant, leurs différences ethniques (Boudman est Khmu, sa femme issue d’une ethnie chinoise), la cohabitation pacifique entre les 160 ethnies du Laos, etc…

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À la sortie de Sam Neua, un conducteur chinois s’arrête, nous embarque jusqu’à Phonsavan. L’interminable route en épingles nous a retourné l’estomac. On arrive barbouillés, vidés: nous décidons d’arrêter l’autostop pour la journée, et de trouver un coin tranquille pour camper. Changement de tactique: cette fois, on s’adresse en premier aux hommes de foi. Sur les deux temples bouddhistes visités, aucun ne voudra nous offrir l’hospitalité. “Essayez à l’école”. Demi-tour, direction le campus du lycée où le gardien, dérangé dans sa ronde, nous escorte jusqu’à la papeterie du coin – tenu par un homme éduqué, parlant bien anglais, et qui s’avérera être en réalité le principal du lycée. On lui explique notre histoire; l’homme, souriant, promet de nous aider. On attend, une heure, deux heures… Notre homme doit partir, “mais ne vous inquiétez pas, un ami à moi va venir”. On attend encore un peu, une bonne demi-heure, avant qu’une patrouille de policiers à moto débarque pour nous contrôler. On comprend que l’aide promise est un leurre, et on reprend la route à contre-coeur, suivis de loin par le chef des policiers. On finira par le semer, trouver un terrain plat un peu caché, et planter notre tente, à l’abri des regards indiscrets.

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Quelque part sur la route…
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… en direction de VangVieng

VangVieng, paradis des routards fêtards. Mickael, le gérant de la plus grande auberge de la ville, avec ses 140 lits à très petits prix, a accepté de nous prendre comme volontaires. Après plusieurs nuits à camper dehors, pas question de chipoter: la douche froide et les deux lits propres en dortoir de 16 feront très bien l’affaire. Malgré des matinées chargées, passées à aider à préparer et servir tous les petits-déjeuners, débarrasser les tables, accueillir et conseiller les clients, on trouve du temps l’après-midi pour se reposer, lire, s’informer. On aura aussi l’occasion d’explorer les environs à notre rythme, sur des vélos loués à un prix riquiqui, de se perdre dans la grotte Phu Kham à l’écart des touristes bruyants, de pester contre les touristes en buggys, qui se fichent de tout défoncer à bord de leur véhicule polluant. À défaut de s’entendre avec la plupart des clients, venus se bourrer la gueule en se prenant pour des Dieux vivants, on se rapproche de Mickael, ce patron acharné vietnamien qui a laissé au pays femme et enfant, et Sophie, une sympathique jeune femme de ménage et cuisinière laotienne courtisée par le boss. 

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Avec l’équipe au complet. Michael et Sophie (toute à droite) nous auront permis d’apprécier notre séjour. En souvenir, Sophie a laissé à Julien son bracelet en perles de bois!

Un peu d’Air

En s’éloignant de VangVieng, on finit par trouver Air (et un peu d’air). Air est un père de famille dévoué, banquier à Ventiane, parlant bien anglais. Sur le chemin du retour de l’école, Air nous prend à l’arrière de son pick-up Chevrolet pour finalement nous déposer chez lui, avec ses filles Dollar et Jida. Sa femme, bien qu’occupée avec Santa le dernier-né, nous cuisinera un véritable festin – un grand repas partagé, avec amis et voisins. Douchés, repus, on s’endormira rapidement sous notre tente, montée dans le jardin. 

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Air nous ramène dès le lendemain, 7h, sur la route principale menant au sud. Malgré un trafic dense, on attendra deux bonnes heures avant qu’un couple en pick-up s’arrête. Ils nous avanceront de 200km, le long du Mékong, avant de nous déposer au début de la boucle de Thakhek, à l’intersection de la route passant au nord de KongLor. Une course contre la montre s’engage alors: souhaitant poser nos sacs à KongLor avant la nuit, on croise les doigts très fort pour trouver des conducteurs prêts à nous faire parcourir les 80km restants. À l’arrière du dernier pick-up arrêté on se fait discrets, parmi des mères accompagnées de leurs enfants. Nous serons les premiers à descendre, à l’entrée du village: on comprend que notre chauffeur, de mèche avec la guesthouse locale, aurait bien aimé nous faire payer une chambre. On le remercie tout en récupérant nos sacs; puis on s’éloigne vivement, marchant d’un bon pas jusqu’au bout de cette route en cul-de-sac. La lumière et le sourire de la propriétaire du petit restaurant, situé à côté de l’entrée du parc de la fameuse grotte, nous invitent à entrer, à nous installer pour le dîner. On y restera finalement toute la soirée, invités à camper sur le terrain plat d’à côté. 

Si la beauté et la singularité de la grotte souterraine de KongLor valaient le coup (et le coût), nous sommes ressortis un peu déçus de la balade obligatoire en bateau-moteur (une embarcation bruyante, dont l’exploitation a fini par chasser toutes les chauve-souris de la grotte)… et avec un porte-monnaie plus léger. Un problème que l’on n’a pas su anticiper et qui, en l’absence de banque, nous a obligés à adopter pendant deux jours un régime alimentaire très économique – à base de bananes, de soupes bon marché et de sandwichs aux crudités. 

Il nous aura fallu une autre journée de stop, longue et éprouvante, avant d’atteindre la petite ville de Lak Sao. Il est déjà trop tard pour trouver une banque ouverte, mais pas tout à fait pour trouver l’hospitalité: après une session de porte-à-porte, Jacky nous invite à camper dans le jardin de la maison familiale, et à boire quelques bières avec ses amis. Décidément, au Laos, tout se passe en extérieur: de nos trajets en autostop assis à l’arrière de pick-ups aux nuits chez l’habitant à camper dans leur jardin, notre périple aura été à l’image du quotidien, modeste, des Laotiens.

Réveillés par les chiens de Jacky, décidés à nous chasser de leur territoire, on remercie chaleureusement notre hôte d’un soir; avant de filer échanger à la banque locale un billet de vingt dollars. Installés à l’arrière d’une camionnette, on en profitera pour admirer et photographier les troncs d’arbres immergés de Thalang. À notre demande, on se fera déposer le long de la route principale menant à Thakhek, près de la petite grotte de Xieng Liap – une grotte gratuite, fascinante, avec une rivière souterraine à l’eau claire, rafraîchissante, dans laquelle nous nous sommes lavés.

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Avant de retourner au Vietnam, il nous faut obtenir les e-visas demandés quelques jours plus tôt – et surtout les imprimer pour passer la frontière, comme exigé. On se dirige à contre-coeur vers la ville la plus proche, Thakhek, pour se mettre en règle. “May I help you?” (est-ce que je peux vous aider?) nous lance un jeune homme en blouse blanche, derrière le comptoir d’une petite pharmacie à l’entrée de la ville. Oui, tu peux nous aider: nous cherchons un endroit avec Internet, si possible avec une imprimante… “I have”. Il nous fait asseoir, nous donne un peu d’eau et nous partage sa connexion WIFI. Malheureusement, nos e-visas ne sont toujours pas disponibles… Tant pis! Prenant congé de notre bienfaiteur, on arpente la ville, les rives du Mékong, jusqu’à la tombée de la nuit. Intrigués par les exclamations émanant du stade, on rentre, intrigués, et tombons nez-à-nez avec des joueurs de pétanque… Héritage des colons français, le jeu de “bounes” comme ils disent ici reste très populaire, à notre grande surprise! Nos nouveaux comparses, tout occupés à boire leurs bières Lao entre deux lancers, nous accueillent joyeusement. L’un d’entre eux, bredouillant quelques mots d’anglais, nous propose de camper dans l’enceinte du stade – mais tient à nous mettre en garde: “Tomorrow, six o’clock, bikes!”

On était prévenus. Le spot était pourtant bien, avec ses toilettes fonctionnelles, ses terrains plats et abrités, son enceinte sécurisée… À cinq heures, de la musique techno retentit: on lève le camp rapidement, les traits tirés, les corps encore endormis. En trois semaines au Laos, nous aurons peu goûté à la tranquillité: nuits remplies d’aboiements, réveils au chant du coq, population matinale… Trouvera-t-on un peu de tranquillité à la stupa Sikhottabong, un grand temple bouddhiste situé à 5 kilomètres au sud de Thakhek, érigé sur les berges du Mékong? Eh bien oui, et c’est allongés dans les jardins du temple, à l’ombre des arbres, que nous finirons notre nuit. Seuls nos ventres gargouillants finiront par nous tirer du sommeil, attirés par l’odeur des plats cuisinés par le boui-boui local – et des assiettes encore bien remplies laissées par des touristes Thaï (une sorte de glanage alimentaire, pratiqué avec l’accord de la patronne amusée).

 

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On repasse à Thakhek le ventre plein, nos e-visas vietnamiens enfin prêts: on se les fait imprimer gratuitement dans une boutique de téléphonie, avant de reprendre la route sans plan défini. On jettera notre dévolu, au hasard, sur le petit village de Mahaxai: un village un peu excentré de la boucle, mais ô combien pittoresque! On y trouve un grand abri vide, sur pilotis, au bord de la rivière. L’endroit est absolument parfait, et dès le lendemain nous profiterons de la rivière proche pour s’y baigner, laver quelques affaires à la main. Doux Mahaxai, tu marqueras la fin d’un périple épuisant, mais accompli sans regrets. 

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* Article rédigé d’après notre expérience personnelle *

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